25/04/2004
CANTOR A-T-IL RAISON ?
Réflexions sur la dénombrabilité des ensembles infinis.
Par Jean Sousselier
1.
Retour sur la preuve de
CANTOR.
Pour prouver que l'ensemble des réels de
l'intervalle [0,1] n'est pas dénombrable, Cantor a mis en évidence
l'incohérence induite par une bijection de cet ensemble avec l'ensemble N des
entiers naturels. En effet, si une telle bijection existait, on pourrait écrire
:
[0,1] = {X1,X2,X3,….}
chaque réel Xi s'écrivant :
Xi = 0,a1a2a3a4a5…
Considérons
alors le nombre réel Y dont la i ème décimale vaut 1
si la i ème décimale ai de Xi est différente de 1, et 2 dans le cas
contraire, et ceci pour toutes les valeurs de i.
Le
nombre réel Y ainsi créé est donc différent de Xi par sa i ème décimale,
et ceci pour tout i.
Il
n'appartient donc pas à l'ensemble précédent
{X1,X2,X3,….}.
On
arrive donc bien à une contradiction, et on en conclut que l'ensemble des réels
n'est pas dénombrable : c'est ce raisonnement que nous appellerons par la suite
"preuve de Cantor".
2.
Application du même procédé
aux nombres entiers.
On
peut appliquer le même raisonnement avec les nombres entiers, en les rangeant
ainsi : on liste d'abord tous les nombres impairs, par ordre croissant :
X1 = 1
X2 = 3
X3 = 5
………..
Considérons
maintenant le nombre 2 : quel que soit n, on n'a jamais Xn
= 2 , donc ce nombre n'appartient pas à notre liste en
correspondance biunivoque avec N.
3. Discussion.
De
ce qui précède, on doit conclure que le raisonnement qui est à la base de la démonstration
est faux, à savoir : "ayant supposé avoir classé (ou ordonné, ou numéroté)
tous les éléments de mon ensemble, j'en trouve un qui en fait ne peut pas être
classé, donc la bijection avec l’ensemble des entiers n’est pas établie, donc
mon ensemble n’est pas dénombrable".
Il
y a cependant une différence entre les exemples des paragraphes 1 et 2 : dans
le cas des nombres réels, la démonstration s'applique à n'importe quelle
bijection (numérotation) , alors que dans le cas des
nombres entiers, la démonstration s'applique à une numérotation bien choisie.
Cela est vrai, mais n'empêche pas le défaut de cette démonstration, qui pour
être valide devrait l'être dans tous les cas.
Autrement
dit, la conclusion avec les nombres réels est : "quelle que soit la
bijection avec N que l'on imagine, on peut trouver des nombres n'appartenant
pas à cette bijection".
Avec
les nombres entiers, la conclusion est : "il existe des bijections avec N
telles que certains nombres n'appartiennent pas à cette bijection".
Encore
une fois, cette différence n'est pas suffisante pour remettre en cause la
non-validité de la preuve de Cantor.
Cette
non-validité tient peut-être à la confusion qui est faite entre
"dénombrable" et "énumérable" : trouver une bijection d'un
ensemble de nombres avec N (c’est à dire un classement), tel qu'un nombre n'y
trouve pas sa place, ne signifie pas forcément que cet ensemble n'est pas dénombrable,
ainsi que le démontre l’exemple du paragraphe 2.
4.
Où se trouve la faille de la
preuve de Cantor.
Elle
réside dans le fait suivant : dire que le nombre Y construit comme indiqué
dans le raisonnement de Cantor n’appartient pas à l’ensemble dénombré {X1,X2,X3,….}
suppose que Y est effectivement un nombre réel. C’est là que réside
l’erreur : Y n’est pas un nombre,
car tant qu’on considère un nombre de décimales fini, on obtient bien un
nombre, mais rien n’autorise à extrapoler le raisonnement à l’infini : Y n’est pas défini,
il ne remplit pas les conditions de la définition d’un réel par une coupure.
5.
Un exemple encore plus
troublant.
Considérons
le sous-ensemble R1 des nombres rationnels construit ainsi :
x Î R1 si
x = S (pi / qi )
la
somme comprenant un nombre quelconque de termes, pi et qi étant
des nombres premiers tels que, " i et k, on ait pi ¹ qi et qi
¹ qk .
Par
exemple, (5/3 + 37/2 + 37/5381) Î R1 , 3/2 Î R1 , 25/6 Î R1 (car 25/6 = 5/2 + 5/3), mais 1/3 Ï R1 , 5/4 Ï R1 .
Si
on ne retient comme seule représentation des nombres de R1 que celle décrite
ci-dessus S (pi / qi
), on démontre aisément que 2 nombres x1 et x2 Î R1 sont différents, sauf
s’ils ont exactement la même représentation.
Le cardinal de R1 est donc de l’ordre
de :
N°N° en désignant par N° le cardinal de N
(ensemble des entiers naturels), alors que le cardinal de l’ensemble des réels
n’est que 2 N° , ce qui est
assez troublant.
Tout
cela donne à penser que Kronecker et Poincaré avaient raison, contre Cantor.